
"Un expert-comptable sur deux parle de faire du conseil en gestion de patrimoine ; mais peu d’entre eux passent encore à l’acte", constate Gérard Varona, le président de la Compagnie des conseils et experts financiers (CCEF), l’un des principales organisations professionnelles des experts-comptables.
Boussole patrimoniale
La profession comptable ne manque pourtant pas d’atouts. Les 18 500 experts-comptables exerçant dans l’un ou l’autre des 11 000 cabinets existants en France sont les partenaires privilégiés des entreprises françaises, dont ils assurent la comptabilité.
Cette connaissance intime des chiffres et de l’activité économique des entreprises, pour la plupart des TPE ou des PME, leur assure aussi une vision endoscopique du patrimoine des chefs d’entreprise. Celui-ci est souvent très imbriqué dans la structure même de la société. "L’expert-comptable est généralement le premier conseiller privé des chefs d’entreprise dans les PME", raconte André-Paul Bahuon, le président de l’Ordre des experts-comptables de Paris Ile-de-France. "Il est confronté à toute la problématique de la gestion du patrimoine. Son accompagnement peut concerner la transformation ou la cession de l’entreprise. Ou tout simplement, il aide le dirigeant à développer son patrimoine".
Expertise fiscale quatre étoiles
Le conseil commence souvent avec des activités très prosaïques. Les experts-comptables réalisent souvent la déclaration de l’lRPP ou celle de l’ISF pour le compte de leurs clients. "Leur compétence fiscale les favorise", estime de son côté Gérard Varona. "En outre, ils sont souvent très au fait de la problématique des retraites des dirigeants ; ils les conseillent couramment pour améliorer la localisation des actifs ou pour établir une société civile immobilière".
Ces excellentes prémices ne sont pourtant pas suffisantes. "On ne s’improvise pas conseiller en gestion de patrimoine", admet le président de la CCEF. En effet, la plupart des experts-comptables exercent dans des structures de petite taille : 80% des cabinets comptent moins de dix salariés. Les tâches liées à la l’établissement et à la tenue des comptes occupent la majeure partie de leur temps de travail.
Or le conseil en gestion de patrimoine exige du temps. Il suppose aussi une formation et des spécialisations dans des domaines variés. "Même si l’ingénierie patrimoniale devient un élément de diversification important dans de nombreux cabinets, peu sont encore à même de créer des départements spécifiques. Les cas de créations de filiales restent rares", indique Gérard Varona.
Le conseil, pas la vente
Les experts-comptables se heurtent également à une barrière de type statutaire pour exercer ce type d’activité à part entière. "Notre déontologie ne nous permet pas de faire des actes de commerce, ni de toucher des commissions sur la ventes de produits financiers ou immobiliers", souligne le président de la CCEF.
Pour les professionnels qui souhaitent développer leur activité dans le domaine patrimonial, plusieurs possibilités se présentent. Ils peuvent s’allier à des spécialistes, pour présenter une offre de service complète. "Un bon professionnel doit savoir identifier son seuil d’incompétence", estime Paul-André Bahuon.
Les cabinets d’expertise comptable peuvent ainsi nouer des partenariats, "intuitu personae" ou plus formalisés avec des CGPI, mais aussi avec des banques de gestion privée, des notaires ou des avocats d’affaires. Les cabinets plus importants peuvent songer à créer des filiales ad hoc et embaucher des CGPI. Enfin certains experts-comptables, pris au jeu, peuvent sauter le pas et devenir des conseils en gestion de patrimoine, en prenant le statut de CIF et en adhérant à une chambre professionnelle…