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J-P Betbèze, CA : "nous allons vers un ralentissement durable"
Par Didier Laurens / 04 Novembre 2008 / 00:45
Jean-Paul Betbèze, directeur des études économiques de Crédit Agricole SA, estime que l'élection d'un nouveau président US "ouvre sans doute la possibilité de mener des politiques différentes" et donne son point de vue sur la régulation financière.
Newsmanagers : en Europe, la crise économique sera-t-elle, selon vous, aussi sévère qu'annoncée ?
Jean-Paul Betbèze : les indicateurs que nous avons sont inquiétants. Ils conduisent à l'idée que nous allons vers un ralentissement durable. Sa sévérité dépendra des pays. Elle sera sans doute forte en Angleterre, en Espagne et en Allemagne. Dans le cas français, il faut donc s'attendre à une croissance très modeste pendant de nombreux mois.
NM : les matheux, les producteurs de modèles économiques sont actuellement mis sur la sellette. A vos yeux, ce procès est-il justifié ?
J.-P. B. : les mathématiques ne peuvent pas tout prévoir, surtout la rencontre d'événements rares. Dans le cas qui nous occupe, c'est la rencontre de la crise des subprimes avec les effets procycliques des politiques de régulation de Bâle II et du mark to market. Il y a eu donc brutalement réintermédiation, baisse des prix des valeurs d'actifs au moment où la comptabilité en renforçait les effets négatifs. C'est en réalité la rencontre de "séries causales indépendantes".
NM : si un président démocrate est élu, qu'est-ce qui va changer pour l'économie US et, au-delà, pour l'économie mondiale ?
J.-P. B. : l'arrivée d'un nouveau président ouvre sans doute la possibilité de mener des politiques différentes. On pourra cependant faire remarquer que les interventions publiques de la gestion Paulson ne sont pas nécessairement "républicaines". En fait, nécessité fait loi.
NM : les banques françaises doivent-elles se porter au secours des collectivités locales ?
J.-P. B. : il s'agit de manière générale que chacun fasse son métier dans les conditions les plus saines possible. Les collectivités locales font leur travail et ont pour cela à s'endetter, mais bien entendu dans des conditions de sécurité, pour elles et pour les prêteurs, dont on voit à quel point aujourd'hui elles sont importantes.
NM : à la faveur de la crise, les Etats n'ont-ils pas, aussi, fait une OPA sur la finance mondiale ?
J.-P. B. : a priori non. On pourrait penser que les fonds souverains vont plutôt sortir grandis de cette épreuve. S'ils adoptent les codes qu'on leur propose, c'est d'une entrée historique qu'il s'agit pour eux dans la sphère financière mondiale.
NM : êtes vous en faveur d'une régulation financière et, si oui, vers quoi doit-on s'orienter ?
J.-P. B. : le dernier rapport du Conseil d'analyse économique sur les subprimes esquisse quelques voies. De manière générale, il faut que les banques centrales sachent ce qui se passe dans le pays (à la différence du cas anglais) et que les agences de rating revoient leur mode d'organisation.
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