J. Joakimides : "Acropole prépare déjà l’après-crise"
Newsmanagers : comment votre société traverse-t-elle la crise financière ?
Jacques Joakimides : pas si mal que ça. Nos encours ressortent à 500 millions d’euros, ce qui, compte tenu de l’effet marché négatif, correspond à une collecte légèrement positive (une cinquantaine de millions d’euros) depuis le début de l’année.
Nous avions terminé l’année 2007 avec 566 millions d’euros. Mais il est vrai qu’alors que nous avions enregistré beaucoup de souscriptions au 1er semestre, nous avons subi des rachats à partir de cet automne, notamment dans la gestion alternative, et plutôt de la part des gérants de fonds de fonds.
Nous avons néanmoins poursuivi le développement de l’équipe, qui se compose aujourd’hui de 14 personnes, notamment en gestion et en vente, car je suis convaincu que c’est dans ces périodes qu’il faut préparer l’étape d’après, d’autant que nous en avons les moyens.
Cela remet-il en cause votre rentabilité ?
J. J. : l’année 2008 sera bénéficiaire. Pour l’avenir, nous avons la chance d’avoir un business model diversifié entre gestion directionnelle et alternative, une clientèle variée, et d’être sur une classe d’actifs, qui, si elle a beaucoup souffert ces derniers mois, n’en reste pas moins plus protectrice que les actions par exemple.
Les valorisations des obligations convertibles sont tellement basses aujourd’hui qu’il paraît difficile d’imaginer pire, et on peut même penser qu’elles rebondiront plus que proportionnellement, surtout si les marchés actions se calment.
Pouvez-vous expliquer les raisons de ces valorisations aussi faibles, surtout depuis cet automne ?
J. J. : la raison principale, c’est Lehman Brothers, qui avait fourni en collatéral des positions importantes en obligations convertibles. Quand la banque américaine a fait faillite, les établissements qui traitaient avec elle ont voulu récupérer leur argent et ont donc vendu massivement les obligations convertibles. Et ce, à des prix cassés.
A cela s’ajoutent deux autres raisons. La première concerne l’impact des ventes de fonds de fonds et la seconde le "deleveraging" des hedge funds.
Au total, les fonds obligations convertibles accusent de très mauvaises performances cette année. Ils font mieux que les fonds actions, certes, mais ils n’ont pas tenu leurs promesses de ne prendre qu’un tiers de la baisse.
Cela étant, aujourd’hui, le marché des obligations convertibles offre des points d’entrée importants, car il y a des aberrations.
Quelles sont ces aberrations ?
J. J. : on trouve aujourd’hui des aberrations sur les trois types d’obligations convertibles : actions, obligations et mixtes.
Pour les obligations convertibles de type action, je peux citer le cas Schlumberger. Cette OC offre 0 % de prime, avec une maturité courte et un crédit de bonne qualité. Ainsi, un actionnaire a plutôt intérêt à vendre l’action pour acheter l’obligation convertible. Car pour le même prix, il aura en plus une garantie de remboursement du capital (sauf faillite de l’émetteur), et le versement d’un coupon.
S’agissant des OC de type obligataire, nous avons l’exemple de Transocean, société qui a émis pour 5 milliards de dollars d’obligations convertibles. L’OC rapporte 3-4 % de plus que la dette ordinaire de Transocean de même échéance et de bonne qualité, avec en plus une option de participation à la hausse de l’action sous-jacente.
Enfin, sur les OC de type mixte, il y a KfW Deutsche Telekom, qui offre un même niveau de rendement actuariel que l’Etat allemand, avec une prime de 30 %. Cela revient à avoir une option "gratuite", car la convertible rapporte autant qu’un emprunt d’Etat avec une garantie d’Etat.
Ces aberrations reflètent l’absence de repères du marché.
Et ce n’est sans doute pas encore fini. Le marché va peut-être encore baisser dans les trois mois qui viennent.
Mais il faut envisager un investissement dans des obligations convertibles à trois ans.
Pouvez-vous saisir les opportunités offertes par ces aberrations ?
J. J. : nous lancerons un fonds dans quelques semaines qui cherchera à acquérir des OC à rendement attractif, pour assurer une sorte de "rendement courant" au portefeuille, mais qui conservent une sensibilité actions.
Ces obligations convertibles ne sont pas rares aujourd’hui. L’idéal serait peut-être aussi de le faire dans le cadre de fonds fermés ou avec lock up. Ce peut être une bonne idée de fonds "club". A voir !
Vous êtes très spécialisés. Envisagez-vous de diversifier votre gamme ?
J. J. : non, nous restons concentrés sur les obligations convertibles. Mais vous voyez que l’on peut les aborder de différentes manières.
D’ailleurs, nous venons d’étoffer notre gamme avec un fonds d’obligations convertibles asiatiques.
Je reste convaincu que la classe d’actifs est sous-utilisée par les institutionnels et qu’elle présente donc un potentiel de croissance important.
Vos actionnaires institutionnels vous font-ils confiance ?
J. J. : nos actionnaires (UFG, Cheyne et la Matmut, qui représentent 49 % du capital, ndlr.) restent présents. Et parallèlement, nous souhaitons attribuer des actions à notre personnel.