
"Prof. du chiffre, tr. b. format., exc. carnet adr., rech. prof. CGP pour partenariat et + si affin.".
Les journaux de petites annonces gratuites ne regorgent pas encore de message comme celui-ci. Mais l’intention est bien là pour de nombreux cabinets d’experts-comptables.
L’évolution est générale : les cabinets de cette profession ne peuvent plus se contenter de leur traditionnelle mission d’établissement des comptes des entreprises.
L’avenir, c’est le conseil
Les réglementations européennes tendent à réduire les obligations en la matière, surtout pour les TPE et les PME. Les mouvements de concentration poussent en outre les cabinets à se spécialiser pour survivre. Le conseil, sous toutes ses formes, est ainsi devenu la nouvelle terre de mission des professionnels du chiffre.
Le dernier Congrès des Experts-comptables, en octobre dernier à Lille, avait pour thème l’Europe : il a consacré une bonne partie de ses ateliers aux nouvelles missions du conseil. Conseil en organisation, management, informatique, fiscalité, ressources humaines : les experts-conseils veulent faire feu de tout bois. Le conseil en gestion de patrimoine est la voie suivie par un nombre encore réduit de cabinets, mais déterminé.
Associé référent
Pour réussir, ils expérimentent toutes les voies d’association avec des professionnels spécialisés. "Chez Baker Tilly France, l’interprofessionnalité est une priorité", explique ainsi Pascal Ferron, le président de ce "réseau de type fédéraliste" de cabinets de l’expertise comptable. Baker Tilly France rassemble une trentaine de cabinets indépendants, regroupant 1200 personnes, dont 130 experts-comptables, 110 étant associés. Le réseau réalise un chiffre d’affaires annuel de 85 millions d’euros.
"Comme nous souhaitons développer une large gamme d’activités, nous avons imaginé un système où un associé référent se spécialise sur un secteur", poursuit Pascal Ferron. Dans le domaine du conseil en gestion de patrimoine,Olivier Demoucron est ainsi l’associé-référent de Baker Tilly France.
"En ce qui concerne ce domaine, aucun partenariat unique et exclusif n’a été établi", souligne le président du réseau. "C’est logique, car nous souhaitons maintenir notre indépendance dans notre relation de conseil aux clients".
Allocation d'actifs = CGPI
Le schéma suivi est celui de nombreux cabinets : l’expert-comptable conseille son client chef d’entreprise pour la fiscalité et l’organisation de son patrimoine. Mais pour l’allocation d’actifs et la préconisation de produits financiers, il passe le relais à un cabinet de CGPI.
"Il existe de nombreuses façons d’établir un partenariat avec un CGPI", indique de son côté Gérard Varona, expert-comptable et président de la Compagnie des Conseils et Experts Financiers (CCEF). "L’expert-comptable peut recommander à son client un ou plusieurs professionnels de confiance, pour traiter ses questions de patrimoine. Cette relation de co-traitance peut être établie avec des CGPI, mais aussi avec des notaires ou des avocats", ajoute le président, qui réfléchit depuis plusieurs années à ces questions en relation avec la Chambre des indépendants du patrimoine (CIP).
Sauter le pas
Les experts-comptables souhaitant aller plus loin sont confrontés à un dilemme : la réglementation de leur profession ne prévoit que la rémunération en honoraires et leur interdit d’exercer des activités commerciales ; et notamment de toucher des rétrocessions de commissions de courtage.
"Je connais des confrères qui ont sauté le pas et qui sont devenus CGPI", souligne néanmoins André-Paul Bahuon, le Président de l’Ordre des Experts-Comptables de la région Paris Ile-de-France. "Un expert-comptable a la possibilité de devenir CIF, s’il répond aux exigences requises et s’il devient adhérent d’une Chambre de professionnels du patrimoine".
On ne dispose pas de statistiques à ce sujet. Il est possible qu’environ 10% des 2500 CGPI en exercice soient des experts-comptables de formation. La proportion commence donc à devenir significative.
"Je crois qu’il s’agit toutefois d’une tendance de fond. De la même manière que l’on voit, depuis cinq ou six ans, des experts-comptables passer au conseil social ou au conseil en ressources humaines partagé", indique André-Paul Bahuon.
Réglementation obsolète ?
Mais un expert-comptable ne peut pas exercer l’activité de CGPI en même temps, à titre individuel. Il doit, soit "traverser le miroir", soit imaginer des montages de structures ad hoc : associations, prises de participation dans des SAS ou des SARL. "Du moment que le principe d’indépendance est respecté, ces solutions sont possibles", estime André-Paul Bahuon.
Mais pour Gérard Varona, la réglementation reste un obstacle important. "L’ouverture du capital social des experts-comptables n’est pas autorisée. Un cabinet d’expert-comptable qui souhaite étendre le périmètre de son activité doit embaucher un avocat ou un CGPI", déclare-t-il.
Le président de la Compagnie des Conseils et Experts Financiers (CCEF) estime que "la réglementation organisant l’activité des experts-comptables devra évoluer, afin que ceux-ci puissent rendre plus de services à leur clientèle. De même, dans le respect de la déontologie, ils devraient pouvoir aller chercher d’autres clients". Gérard Varona pense toutefois que cette évolution devra maintenir le principe de "l’indépendance de la profession comptable, qui fait notre force" : il ne s’agira donc pas d’autoriser le paiement en commissions de courtage.