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A. Billot, Univ-Paris 2 : "l'Etat, seul, peut réguler la crise"
Par Didier Laurens / 02 Octobre 2008 / 22:34
Pour Antoine Billot, professeur de Sciences-Economiques (Panthéon-Assas, Paris 2) et membre honoraire de l’Institut Universitaire de France, la régulation des marchés financiers est nécessaire car elle marque le retour du droit.
Newsmanagers : On nationalise ces jours-ci à tour de bras. Cela signifie-t-il que l’on retourne au keynésianisme et est-ce une bonne chose ?

Antoine Billot : La nostalgie n’est pas une valeur économique. Il ne s’agit pas pour l’instant de revenir à la doctrine keynésienne du capitalisme d’Etat mais de sauver les meubles.

Il y a urgence et tout est bon. Puisque les marchés sont incapables de résorber la crise par eux-mêmes, ce qui signifie tout de même que Dame Nature a des absences, seul un opérateur crédible et de taille suffisante peut enrayer le mouvement.

Mis à part les Etats, personne ne peut se targuer d’être à la fois crédible et "lourd". Les règlements de compte théoriques sont pour plus tard. Mais ils auront lieu.

Faut-il réguler les marchés financiers ? Et, dans l’affirmative, comment ?


- Les marchés sont fondamentalement violents. Ils n’ont ni état d’âme, ni morale. Ce pourquoi les voyous se sentent à l’aise à la Bourse.

En matière financière, c’est encore pire, parce que tout est virtuel, sauf les fortunes qui y transitent.

La régulation des marchés financiers, c’est en réalité le retour du droit. Finalement, je ne vois pas de grande différence entre les émeutes dans les cités et la crise qui secoue les Bourses.

Dans les deux cas, c’est la faillite du droit, la dilution du contrat social, qui mène à la catastrophe. Les loups de Hobbes en sont réduits à se dévorer les chevilles, faute de proie.

Pour le reste, l’explication du désastre par l’espièglerie de quelques mathématiciens inventeurs loufoques de produits de plus en plus dérivés, je n’y crois guère…  

Y a-t-il des coupables et peut-on ou doit-on les punir ?


- Bien sûr qu’il y a des coupables. Les intervenants ne sont pas anonymes, ils sont pour la plupart l’infanterie d’une armée dûment constituée, banques d’investissement, hedge funds…

Les coupables auraient dû être sanctionnés par le marché. Les faillites, c’est cela : une punition.

Le vrai problème, et c’est ici que l’on voit toute la subtilité paradoxale de la situation, c’est qu’en intervenant pour protéger le système dans son ensemble, les Etats disent implicitement aux voyous : "Vous avez tapé trop fort mais on ne vous en veut pas, la preuve, on vous sauve".

De là à y voir un encouragement…






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